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Ça va bien aller…

Finalement, le Nord l’emporte. Pour me changer les idées, j’écoute mon cours d’anglais pour me préparer davantage. L’anglais, ma principale lacune. Petite pointe de stress en constatant que je suis « pourrie ».

Je ne comprends même pas comment il se fait qu’ils m’ont choisi en entrevue, j’ai vraiment raté toutes les questions en anglais, il a fallu qu’ils me les reposent en français. J’imagine qu’ils savent ce qu’ils font. Je dois apprendre à me faire plus confiance.

Arrivée à Chibougamau, je fais une petite épicerie de produits frais qui ont une petite place réservée. J’appelle le numéro tel que convenu. L’infirmière de garde me dit qu’elle est à la clinique pour au moins 4 heures et elle pourra me donner la clé de mon appartement. J’y suis presque.

La route de gravier n’est pas très belle, je crains pour mes pneus, si je fais une crevaison, je suis vraiment dans le trouble : mon pneu de secours est dans le coffre de l’auto sous toutes choses empilées judicieusement. Je m’imagine « éventrer » le contenu de ma valise arrière sur le bord de la route de gravier…..Pensons positif ça va bien aller, ça va bien aller…. »

Après plus d’une heure de gravier et quelques périodes de tachycardie lorsque je croise des « pick up » qui roulent à toute vitesse au centre de la route, j’arrive dans la communauté de Mistissini. Wow, je commence une nouvelle page de ma vie, autant professionnelle que personnelle, j’en suis consciente.

La page n’est pas aussi blanche que je l’avais imaginée : tout est en gravier, beaucoup de chiens errants, des motoneiges devant la maison sur le gravier, des ordures un peu partout….. c’est normal, une autre culture. Tout va bien aller. Je finis par trouver la clinique, une vieille bâtisse rouge brique.

Est-ce que j’ai bien fait ?

Dans la salle d’attente quelques patients qui m’observent, ils se doutent que je suis une « petite nouvelle », je souris à une femme qui baisse les yeux en retour…. c’est culturel, donne-toi le temps, ils vont finir par t’apprécier. Je fais la tournée des lieux à la recherche de l’infirmière de garde…. c’est loin d’être beau et rangé comme à l’hôpital de Val d’Or, je redresse le dos pour me donner de l’assurance et je continue la visite des lieux.

L’infirmière me voit, elle est débordée, se présente rapidement en me montrant par la fenêtre l’édifice en face et me donne mon trousseau de clés : clé de la clinique, clé de la pharmacie, clé du bloc appartement et clé de l’appartement #1. On se revoit lundi !

L’appartement est vieux et minuscule, surtout la cuisine. Au moins, c’est propre, ça va être moins long faire le ménage. Je m’installe tranquillement. Je suis seule, je prends conscience que je n’ai jamais été seule de toute ma vie.

Je viens d’une famille de 3 enfants, j’ai demeuré en appartement avec une amie durant mes études, je me suis mariée et j’ai eu 3 enfants avec beaucoup d’action dans une grande maison. Ici, complètement l’opposé : calme, solitude et silence dans un minuscule appartement. Est-ce que j’ai bien fait ?

Francine Charron, infirmière et Directrice générale de Solutions Nursing