Nous sommes samedi, le 13 juin 1998. J’y rêve depuis si longtemps et enfin le moment est arrivé : On m’attend à la clinique de Mistissini lundi matin 9h00, puisque je suis embauchée par le Conseil Cri de la Baie James.

Ma petite auto est « paquetée » minutieusement afin de pouvoir en apporter le plus possible. Je me lance dans cette aventure sans trop d’informations et avec plusieurs craintes, dont celle de manquer de quelque chose dans l’appartement qui m’est réservé. La seule chose qu’on m’a dit : « Tous les gros meubles sont fournis, mais c’est tout, il faut apporter le reste ».

Le reste, c’est assez vague. Je m’en veux de ne pas avoir poser plus de questions par peur de déranger… il faut vraiment que j’apprenne à m’affirmer davantage. Bon, je suis prête, go, j’y vais !

Sur le perron, mes 3 grands enfants me regardent et font semblant de se réjouir pour moi, mais je perçois leur inquiétude, je sens qu’ils retiennent leurs larmes. Ils n’ont peut-être plus besoin de moi au quotidien, mais j’étais quand même là « au cas où »… Le cœur déchiré et la larme à l’œil, je pars en me disant que tout va bien aller.

En route vers la Baie James

La route qui relie Val-d’Or à Mistissini est d’environ 6 heures, ce qui donne suffisamment de temps pour remettre mes idées à l’ordre. Je repense aux dernières semaines qui se sont bousculées trop rapidement : envoi de mon CV, 2 semaines plus tard entrevue à Montréal, puis 8 semaines après l’entrevue, me voilà en direction de ma nouvelle vie.

Mon petit doigt me dit que ça ne sera pas facile. On m’a déjà avisée que je n’aurai pas de formation pré-embauche comme à l’habitude, puisque la formatrice est en congé maternité. J’aurais peut-être dû prendre la 2e offre de travail à Kangiqsualujjuaq… J’ai choisi Mistissini parce que c’est accessible par la route, pour revenir plus souvent à Val-d’Or… Il ne faut pas regretter, je dois apprendre à assumer mes choix.

Je ne sais pas trop ce que le rôle élargi implique ; mon seul repère est la journée passée à observer la « nurse du Nursing Station » à Nanisivik au Nunavut. Selon moi, le nord est l’étape ultime à atteindre en tant qu’infirmière.

J’ai hâte d’évaluer, de soigner et d’en apprendre davantage sur la culture autochtone. Je suis avide de tout apprendre. Je vais me débrouiller et je vais y arriver. Si on pouvait mesurer mon niveau d’énergie, je battrais des records !

Je dois me rassurer, j’ai bien fait…

Quand j’y repense, c’est quand même risqué, j’ai laissé un poste à temps complet de soir, celui que j’espérais durant toutes ces années travaillées de nuit et obtenu depuis seulement depuis quelques mois. J’adore le travail à la salle d’accouchement/obstétrique. Ma demande de congé nordique ayant été refusée, j’ai donné ma démission, perdant plus de 7 ans d’ancienneté. En revanche ? Réalisation de mon rêve avec une garantie de travail pour 3 mois et possibilité de prolongation.

Gros soupir, l’ambivalence s’installe. Plus j’avance sur la route, plus je ressens l’éloignement de mes enfants me tirailler. Je regarde les endroits propices aux « U-turn » ; comme il n’y en a aucun puisque c’est une route droite sans croisement, je me dis que c’est un signe. Je dois me rassurer, tu as bien fait, ça va bien aller…

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